30 novembre 2015

L’intestin, le fin du fin

« Si nous pouvions discerner plus que le visible, nous serions aussi témoins de ce qui se passe dans le ventre des mères et verrions comment un amas cellulaire se transforme en être humain.

Nous saurions alors qu’en gros, notre développement se fait à partir de trois tuyaux.

Le premier tuyau nous traverse tout entier et fait un nœud à peu près en son milieu. Il s’agit de notre système sanguin, à partir duquel se forme le cœur, nœud principal de la circulation.

Le deuxième tuyau se constitue presque en même temps que le premier et forme une bulle qui remonte jusqu’à l’extrémité supérieure de notre corps pour s’y installer. Voilà, ancré dans la moelle épinière, notre système nerveux. Il donne naissance au cerveau et à un réseau de nerfs qui rayonnent dans tout le corps.

Le troisième tuyau nous traverse de haut en bas. C’est notre tube digestif.

Le tube digestif est l’architecte intérieur de nos entrailles. Il dessine à droite et à gauche des bourgeons qui gonflent de plus en plus jusqu’à devenir nos poumons. Un peu plus bas, il se retourne comme une poche de pantalon pour former notre foie. […] Il participe aux chantiers de construction dans la cavité buccale, élabore un œsophage […]et forme un petit « panier-repas » où nous pouvons stocker des provisions pendant plusieurs heures. Enfin, cerise sur le gâteau, le tube digestif crée son chef-d’œuvre : l’intestin.

Les deux « chefs-d’œuvre » des deux autres tuyaux – le cœur et le cerveau – ont toute notre considération. Nous jugeons le cœur indispensable à la vie parce qu’il permet au sang de circuler dans tout notre corps, et nous admirons le cerveau parce qu’il est capable de forme des pensées étonnantes à chaque seconde.

Pour ce qui est de l’intestin, en revanche, la plupart d’entre nous pensent qu’il n’est bon qu’à se vider. Le reste du temps, il feignante sans doute, pendouille inutilement dans le ventre et lâche peut-être un pet de temps à autre. […]

Il faut le dire : nous le sous-estimons et, pour être franc, il nous fait même honte.

L’intestin, ça craint. »

Pourtant…

« Les nerfs de l’intestin, comparés à ceux du reste du corps, ont de quoi impressionner – tant par leur nombre que par leur singularité. L’intestin a à sa disposition toute une cohorte de messagers chimiques, de matériaux d’isolation cellulaire et de types de connexion. Il n’y a qu’un autre organe qui offre une telle diversité : le cerveau.

Voilà pourquoi notre système nerveux entérique est aussi qualifié de « deuxième cerveau », parce qu’il est tout aussi étendu et présente la même complexité chimique.

Mais si la mission de notre intestin n’était que de transporter les aliments et nous permettre de roter de temps en temps, un système nerveux si élaboré serait une sacrée perte d’énergie. Quel organisme irait donc constituer un tel réseau de nerfs pour gérer un banal tuyau péteur ? Il y a là de quoi creuser. »

Le charme discret de l’intestin / Giulia Enders

Traduit de l’allemand par Isabelle Liber / © Jill Enders

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  1. […] : Le charme discret de l’intestin / Giulia Enders (1) – […]

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