1 décembre 2015

Bonté du sphincter

Notre défécation est un véritable tour de force : deux systèmes nerveux agissant de concert veillent à ce que nos déchets soient éliminés de la manière la plus discrète et la plus hygiénique qui soit. L’homme est quasiment le seul animal à faire ses besoins aussi convenablement.

Pour décrocher cette place à part, notre corps a développé une cohorte de dispositifs et d’astuces, à commencer par les sphincters, ces ingénieux mécanismes de fermeture.

Presque tout le monde connaît le sphincter externe de l’anus, que l’on peut contracter de manière volontaire et ouvrir ou fermer à l’envi. A quelques centimètres de là, il existe un autre muscle similaire – sur lequel nous ne pouvons cependant pas agir consciemment.

Chacun des deux sphincters est le porte-parle d’un système nerveux.

Le sphincter externe répond aux ordres de notre conscience. Quand notre cerveau estime que le moment est mal choisi pour notre tube digestif de déposer le bilan, le sphincter externe obéit à notre conscience et fait barrière du mieux qu’il peut.

Le sphincter interne, lui, est le porte-parole de ce qui se passe en nous et dont nous n’avons pas conscience. […] La seule chose qui compte pour lui, c’est que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes intérieurs. […]

Le sphincter externe et le sphincter interne doivent travailler main dans la main. Quand les résidus de notre digestion arrivent au sphincter interne, le muscle […] n’ouvre la porte qu’à un petit échantillon test. Dans la zone qui sépare le sphincter interne du sphincter externe, un grand nombre de cellules sensorielles s’activent. Elles analysent le produit livré, vérifient sa consistance – solide ou gazéiforme – et envoient les informations recueillies à l’étage supérieur : le cerveau.

Le cerveau se dit alors : « Oh, il faut que j’aille au petit coin », ou peut-être simplement : « Tiens, je lâcherais bien une petite perle. » Et fort de son « conscient consciencieux », il fait ce qu’il sait si bien faire : il s’adapte à notre environnement. […]

Une première estimation réalisée illico presto est ainsi renvoyée au sphincter externe : « […] un petit pet passe encore, si tu le laisses sortir discrètement. Pour ce qui est du solide, il va falloir attendre. »

Le sphincter externe saisit la situation et, dans son immense bonté, se ferme encore un peu plus. Un signal qu’enregistre bien le sphincter interne. Dans un premier temps, il se plie à la décision de son collègue. Les deux muscles unissent leur force et mettent l’échantillon test en attente. Dans quelque temps, le sphincter interne fera une nouvelle tentative avec un échantillon test. […] »

La question est :

« Quelle importance accordons-nous à notre univers intérieur et quels compromis sommes-nous prêts à faire pour vivre en harmonie avec notre environnement ?

Certains retiendront à tout prix le petit pet disgracieux jusqu’à rentrer chez eux avec des maux de ventre, tandis que d’autres […] demanderont qu’on leur tire le petit doigt […].

A long terme, la solution idéale est dans doute quelque part entre ces deux extrêmes.

En nous interdisant régulièrement d’aller aux toilettes alors que le besoin s’en fait sentir, nous effarouchons notre sphincter interne. Nous risquons même de lui donner de mauvaises habitudes. Son collègue externe l’a si souvent rappelé à l’ordre que le sphincter interne est complètement démotivé, et avec lui les muscles qui l’entourent.

Et quand ça coince au niveau communication entre les deux sphincters, ça risque aussi de coincer au niveau digestif.

Le charme discret de l’intestin / Giulia Enders

Traduit de l’allemand par Isabelle Liber / © Jill Enders

 

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