[…] je n’aime pas me brosser les dents.

J’ai beau savoir que le calcaire fait son travail de banquise, que l’âge venant il me fera un jaune sourire déchaussé, qu’un jour ou l’autre il faudra attaquer cette muraille au marteau-piqueur, que le bridge et le dentier me guettent, rien n’y fait, la perspective de me laver les dents me rappelle aussitôt d’autres tâches plus urgentes, poubelles à sortir, coup de téléphone à passer, ultime dossier à boucler… Tout se passe comme si la procrastination, que j’ai vaincue très tôt sur tous les fronts, avait dressé son camp retranché dans cette affaire d’hygiène dentaire. A quoi cela tient-il ? A l’ennui. Élevé ici au rang d’une métaphysique. Me brosser les dents, c’est l’antichambre de l’éternité.

Journal d’un corps / Daniel Pennac

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À propos de Florence

Un rien m'amène, un rien m'anime. Un rien me mine, un rien m'emmène.

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