La monnaie de l’évolution, ce n’est ni la faim ni la souffrance, mais les copies d’hélices ADN. De même qu’on mesure la réussite économique d’une société uniquement au solde de son compte en banque, et non au bonheur de ses employés, de même la réussite d’une espèce dans l’évolution se mesure au nombre de copies de son ADN. S’il ne reste plus de copies de son ADN, l’espèce est éteinte, tout comme une société sans liquidités fait faillite. Si une espèce multiplie les copies d’ADN, c’est une réussite, et elle prospère. Dans cette perspective, 1000 copies valent toujours mieux que 100. Telle est l’essence de la Révolution agricole : la faculté de maintenir plus de gens en vie dans des conditions pires. Mais pourquoi les individus se soucient-ils de ce calcul évolutionniste ? Pourquoi un individu saint d’esprit abaisserait-il son niveau de vie à seule fin de multiplier le nombre de copies du génome de l’Homo sapiens ? Personne n’a accepté ce marché. La Révolution agricole fut un piège.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

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