14 septembre 2016

Kamikazes et toxoplasmes

[La toxoplasmose] est classée parmi les parasites parce qu’elle n’a pas choisi de vivre sur un petit lopin de terre quelconque où se nourrir de l’eau et des plantes locales, mais sur un petit lopin d’être humain. Nous l’appelons parasite parce que en échange de notre hospitalité, il ne nous offre rien. […]

Ce parasite n’a pas beaucoup d’impact sur les adultes en bonne santé. Certains remarquent quelques symptômes grippaux, mais la plupart des gens ne remarquent rien du tout. Passé la phase aiguë de l’infection, les toxoplasmes se retirent dans de minuscules appartements, au cœur de nos tissus, et entrent en hibernation. Ils s’installent là à vie, mais ne nous dérangeront pas […]. On ne fait cette expérience qu’une fois. Ensuite, le panneau à louer est pour ainsi dire retiré de la vitrine et on ne peut plus être à nouveau infecté.

La situation est tout autre quand la personne infectée est une femme enceinte. Les parasites peuvent s’infiltrer par le sang et parvenir jusqu’à l’enfant. Son système immunitaire ne les connaît pas encore et n’est pas assez rapide pour les neutraliser. Ça ne se produit pas forcément, mais si ça se produit, les dommages causés peuvent être graves et aboutir à la mort du fœtus. […]

Pour résumer, à condition de ne pas être enceinte, ces toxoplasmes semblent plutôt être de petits gars insignifiants, au pire un peu désagréables. Pendant des décennies, plus personne ne s’est d’ailleurs intéressée à eux – jusqu’au jour où les rats kamikazes de Joanne Webster, [chercheuse], ont tout fait changer. [Son] expérience eut un [grand] retentissement au sein de la communauté scientifique internationale [en permettant] de mettre en évidence [qu’une] odeur mémorisée comme signe d’un danger mortel (urine de chat ou de chien) était soudain ressentie (par les rats) comme attirante et digne d’intérêt. […]

En poussant le rat dans la gueule du chat, l’ingénieux parasite avait trouvé le moyen de rejoindre en taxi son hôte définitif. […] Comment de minuscules parasites pouvaient-ils influencer à ce point le comportement de petits mammifères ? […]

Du petit mammifère au gros (c’est-à-dire l’homme), il n’y avait qu’un pas. Allait-on trouver parmi nous des candidats qui se mettaient dans des situations difficiles par le biais de mauvais réflexes, de réactions faussées ou trop intrépides […] porteurs de toxoplasmes ? […]

La réponse est : oui.

Le charme discret de l’intestin / Giulia Enders

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