18 septembre 2016

Hystérie hygiénique

L’hygiène fondée sur la peur vise à tout éliminer, tout examiner. […] De fait, quand nous faisons le ménage de cette façon, nous éliminons tout : le mauvais comme le bon. Cette conception ne peut pas être judicieuse, car plus les standards d’hygiène sont élevés dans un pays, plus il y a d’allergies et de maladies auto-immunes. Il y a trente ans, une personne sur dix environ était allergique à quelque chose – aujourd’hui, c’est une sur trois. Dans le même temps, le nombre d’infections n’a pas diminué de manière significative.

Penser intelligemment l’hygiène, c’est autre chose. […] Plus de 95% des bactéries de ce monde sont inoffensives pour nous. Et nombre d’entre elles sont même nos meilleures alliées. Les produits ménagers désinfectants n’ont pas lieu d’être dans un foyer normal – sauf si un membre de la famille est malade ou si le chien a fait caca sur le tapis du salon. Et si c’est le chien en question qui est malade, alors tous les moyens sont permis : nettoyeur-vapeur, cascade de Javel, mini-lance flammes – on peut bien s’amuser de temps en temps. En revanche, quand il s’agit d’éliminer les empreintes de chaussures qui souillent le sol, de l’eau et une goutte de nettoyant ménager suffisent amplement. […]

Nettoyer devrait consister à réduire le nombre de bactéries – pas à les éliminer toutes. Même les mauvaises bactéries peuvent être bonnes pour nous tant que notre corps peut les utiliser pour s’entraîner et garder la forme. Quelques milliers de salmonelles dans l’évier, par exemple, c’est une vraie partie de plaisir pour notre système immunitaire. C’est quand les salmonelles deviennent trop nombreuses que les choses se gâtent. […] Pour les contenir, il existe quatre méthodes d’entretien intelligentes : diluer, sécher, régler le thermostat et nettoyer.

  • Diluer / La technique de la dilution est utilisée en laboratoire. En faisant varier la concentration [des bactéries dans un liquide administré à des insectes capables de changer de couleur quand ils sont malades], on peut facilement voir à partir de quand certaines bactéries induisent une maladie – pour certaines, c’est à partir de 1 000 par goutte, pour d’autres, il en faut 10 millions. La dilution domestique, elle, consiste par exemple à laver les fruits et les légumes. La plupart des bactéries contenues dans la terre sont ainsi suffisamment diluées pour ne plus nous nuire. En Corée, histoire de les embêter un peu plus, on ajoute aussi quelques gouttes de vinaigre à l’eau. De la même manière, aérer les pièces, c’est aussi diluer pour nettoyer. Côté blanchisserie, le principe de dilution est en général amplement suffisant. Pour les torchons humides, la plupart des culottes ou le linge de personnes malades, on peut faire monter les enchères jusqu’à 60 °C. En général, les bactéries E. coli ne survivent pas au-delà des 40 °C et, à plus de 70 °C, on se débarrasse aussi des salmonelles tenaces.

  • Sécher / Les bactéries ne peuvent pas se reproduire sur des surfaces sèches, et certaines sont même incapables d’y survivre. Un sol nettoyé à la serpillière est vraiment propre quand il a séché. Même principe pour le déodorant : en asséchant les aisselles, il les rend moins accueillantes pour les bactéries – et les odeurs sont moins fortes. Le séchage, c’est quand même une belle invention. Quand on les a fait sécher correctement, les aliments se conservent plus longtemps et ne moisissent pas.

  • Régler le thermostat / Une fois par an, la nature fait chuter le thermomètre : d’un point de vue bactériologique, l’hiver est une sorte de grand ménage. Dans notre quotidien aussi, le froid joue un rôle important. Songeons par exemple à la réfrigération des aliments. Le problème, c’est que nos réfrigérateurs sont souvent si pleins que même à basses températures, ils font la joie des bactéries. Le mieux est de ne pas dépasser les 5°C.

  • Nettoyer / Nettoyer, cela équivaut à détacher des surfaces un film de graisses et de protéines. En même temps, on retire toutes les bactéries qui se sont logées dans ou sous le film, le plus souvent en utilisant de l’eau et un produit nettoyant. Nettoyer, c’est la solution no 1 pour toutes les pièces à vivre, la cuisine et la salle de bains. On peut pousser cette procédure à son paroxysme. C’est utile quand on fabrique des médicaments qui atterrissent directement dans les artères des patients (comme des solutions administrées par intraveineuse) : aucune bactérie ne doit avoir la moindre chance de s’infiltrer.

Le charme discret de l’intestin / Gilulia Enders

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