21 septembre 2016

Médaillés de l’évolution

Le pacte faustien entre hommes et grains ne fut pas le seul marché que fit notre espèce. Il y en eut une autre, concernant le sort des moutons, des chèvres, des cochons et des poulets. […] Ces animaux domestiqués – moutons, poules, ânes et autres – fournirent nourriture (viande, lait, œufs), matières premières (peaux, laine) et force musculaire. Jusqu’ici accomplis par les hommes, les transports, le labourage, le moulage et d’autres tâches furent de plus en plus délégués aux animaux. Dans la plupart des sociétés agricoles, la priorité était donnée à la culture des plantes ; l’élevage n’était qu’une activité secondaire. Dans certains endroits apparut cependant une nouvelle espèce de société essentiellement fondée sur l’exploitation des animaux : des tribus de bergers pastoralistes.

Les animaux domestiqués se répandirent en même temps que les hommes à travers le monde. Voici 10 000 ans, pas plus de quelques millions de moutons, de bestiaux, de chèvres, de sangliers et de poulets vivaient dans des niches afro-asiatiques restreintes. De nos jours, le monde contient près d’un milliard de moutons, un milliard de cochons, plus d’un milliard de bestiaux et plus de 25 milliards de poules. Et ils sont partout. Le poulet domestique est la volaille la plus répandue de tous les temps. Le bétail, le cochon et le mouton domestiqués sont les deuxième, troisième et quatrième gros mammifères les plus répandus dans le monde – après l’Homo sapiens. Dans une perspective évolutionniste étroite, qui mesure la réussite au nombre de copies de l’ADN, la Révolution agricole a été une prodigieuse aubaine pour les poulets, le bétail, les porcs et les moutons.
Malheureusement […], la domestication des poulets et du bétail peut bien être une success story de l’évolution, ces créatures comptent parmi les plus misérables qui aient jamais vécu. La domestication des animaux se fonda sur une série de pratiques brutales dont la cruauté ne fit que s’accentuer au fil des siècles.
La durée de vie naturelle des poulets sauvages est de sept à douze ans, celle du bétail de vingt à vingt-cinq ans. […] De nos jours, en revanche, l’immense majorité des poulets et des bestiaux domestiqués sont abattus après quelques semaines, voire quelques mois […].
On laisse parfois vivre plusieurs années les poules pondeuses, les vaches laitières et les animaux de trait, mais au prix de leur sujétion à un mode de vie totalement étranger à leurs besoins et à leurs désirs.

Revers de la médaille

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

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