Le latin s’est répandu en Europe occidentale et centrale, pour se scinder ensuite en dialectes locaux qui ont fini par devenir des langues nationales. Mais ces fragmentations sont des revirements temporaires dans une inexorable marche à l’unité.

Percevoir le sens de l’histoire est en fait une question de point de vue. […] Il est difficile de dire si [l’histoire] avance vers plus d’unité ou de diversité. Pour comprendre les processus du long terme, notre œil d’oiseau est trop myope. Mieux vaut plutôt adopter le point de vue d’un satellite espion, considérant les millénaires, plutôt que les siècles. De là, les choses deviennent claires comme de l’eau de roche : l’histoire progresse implacablement vers l’unité. […]

La meilleure façon d’apprécier la direction générale de l’histoire est de compter le nombre d’univers humains séparés qui coexistèrent à un moment donné sur la Terre. De nos jours, nous sommes habitués à penser la planète comme une seule unité mais, le plus clair de l’histoire, la Terre a été en fait une galaxie de mondes humains isolés.

[…] Pendant la majeure partie de leur histoire, l’Amérique et l’Europe furent des mondes séparés. […]

Aujourd’hui, la quasi-totalité des hommes partagent le même système géopolitique (la planète entière est divisée en États internationalement reconnus) : le même système économique (les forces du marché capitaliste façonnent jusqu’aux coins les plus reculés du monde) ; le même système juridique (droits de l’homme et droit international prévalent partout, au moins théoriquement) ; et le même système scientifique (en Iran, en Israël, en Australie ou en Argentine, les experts ont exactement les mêmes idées concernant la structure des atomes ou le traitement de la tuberculose). […]

Nous continuons de parler de cultures « authentiques », mais si nous entendons par ce mot quelque chose qui s’est développé indépendamment, et qui consiste en traditions locales anciennes soustraites aux influences extérieures, il ne subsiste pas sur Terre de cultures authentiques. Au cours des derniers siècles, les influences mondiales ont changé toutes les cultures jusqu’à les rendre presque méconnaissables.

La cuisine « ethnique » est un des exemples les plus intéressants de cette mondialisation. Dans un restaurant italien, on s’attend à trouver des spaghettis à la sauce tomate ; dans les restos polonais et irlandais, des tas de pommes de terre. Chez un Argentin, on a le choix entre des dizaines de steaks ; chez un Indien, il n’est quasiment pas un plat sans piment ; et dans tout café suisse, la palme revient au chocolat chaud épais surmonté d’une montagne de crème fouettée. Or, aucun de ces produits n’est originaire de ces pays. Tomates, piments et cacao sont d’origine mexicaine, et ne sont arrivés en Europe et en Asie qu’après la conquête du Mexique par les Espagnols. Jules César [n’a] jamais enroulé de spaghettis à la sauce tomate autour de sa fourchette (qui n’avaient d’ailleurs pas encore été inventées) ; Guillaume Tell n’a jamais goûté au chocolat, et Bouddha jamais relevé sa nourriture avec du piment. La pomme de terre est arrivée en Pologne et en Irlande voici à peine quatre siècles. Et en 1492 on n’aurait trouvé en Argentine qu’un steak de lama.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

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