Se passer du regard des gens ?

S’en passer, dit notre société occidentale moderne.

« Nous croyons en effet, aujourd’hui et plus que jamais, à l’individualisme » dit Harari*.

« Chacun essaie de se persuader que sa valeur ne dépend pas de ce que les autres pensent. Maîtres et parents apprennent aux enfants que si leurs camarades se moquent d’eux, ils doivent faire comme si de rien n’était. Eux seuls savent ce qu’ils valent.

Cette importance donné à l’individu se matérialise jusque dans nos maisons modernes, divisées en petites chambres. Chaque enfant a un espace à lui, qui le soustrait aux regards des autres et lui assure un maximum d’autonomie. Cette chambre a presque invariablement une porte et, dans bien des ménages, il est même admis que l’enfant la ferme à clé.

Nous qui avons grandi dans de tels espaces, nous ne pouvons pas nous imaginer autrement qu’en « individus », dont la vraie valeur émane de l’intérieur, non pas de l’extérieur. « 

Mais alors, pourquoi continue-t-on à souffrir du regard des autres ?

‘Les gens me regardent bizarre, Et j’ai tellement peur au final’ chante Black M*.

Peut-être parce que la contrepartie est trop malheureuse à savoir ignorer les regards malveillants…

‘Je suis différent je vais assumer, un peu comme si j’étais un bagnard.’

… l’enfermement

La noblesse moyenâgeuse réglait la question autrement. 

« Au moyen Âge, être moqué était une terrible indignité. Les nobles apprenaient à leurs enfants à protéger leur nom, quoi qu’il en coûte.

Ce système de valeurs se manifesta aussi dans la pierre des châteaux. Le fils adolescent d’un baron n’avait pas de chambre à part à l’étage, avec des posters de Richard Cœur de Lion aux murs, ni un verrou à sa porte pour empêcher ses parents d’entrer. Il couchait dans une grande salle, avec beaucoup d’autres jeunes. Il était toujours exposé et devait toujours tenir compte de ce que les autres voyaient et disaient.

Grandir dans ces conditions amenait naturellement à conclure qu’un homme tire sa vraie valeur de sa place dans la hiérarchie sociale et dans ce que les autres disent de lui. »

Le cœur de l’homme balance ainsi depuis toujours entre l’orgueil et la vanité. Une fois il tente de croire à sa valeur intrinsèque, indépendamment de ce que les autres pensent de lui, une autre fois il ne cherche que leur approbation.

Une fois le parent conseille à son enfant d’ignorer le vilain qui le méprise à la récréation. Une autre fois il lui glisse discrètement à l’oreille : j’espère bien que tu lui as mis ton poing dans sa gueule de con.

La sagesse se trouve sûrement quelques part entre ces deux gros défauts, quelque part entre l’affrontement et la disparition.

C’est que les gens ont beau être insupportables, on ne peut pas s’en passer.

Sources : Le regard des gens / Black MSapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

 

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