« […] Le nouveau savoir accumulé par les empires permit, au moins en théorie, d’en faire profiter les populations conquises et de leur apporter les lumières du « progrès » : de leur assurer soins médicaux et éducation, de construire des voies ferrées et des canaux, de veiller à la justice et à la prospérité. Les impérialistes prétendirent que leurs empires n’étaient pas de vastes entreprises d’exploitation, mais des projets altruistes poursuivis pour le bien de races non européennes – suivant les mots de Rudyard Kipling, le « fardeau de l’homme blanc » :

Ô Blanc, reprends ton lourd fardeau :
Envoie au loin ta plus forte race,
Jette tes fils dans l’exil
Pour servir les besoins de tes captifs ;
Pour – lourdement équipé – veiller
Sur les races sauvages et agitées,
Sur vos peuples récemment conquis,
Mi-diables, mi-enfants.
 
     Naturellement, les faits démentaient souvent ce mythe. En 1764, les Britanniques conquirent le Bengale, la province la plus riche de l’Inde. Les nouveaux maîtres ne pensaient guère à autre chose qu’à s’enrichir. Ils menèrent une politique économique désastreuse qui se solda quelques années plus tard par la grande famine du Bengale. Elle commença en 1769 pour prendre des proportions catastrophiques en 1770 et se prolongea jusqu’en 1773. Elle coûta la vie à une dizaine de millions de Bengalis, soit un tiers de la population de la province.

En vérité, ni le récit de l’oppression et de l’exploitation ni celui du ‘fardeau de l’homme blanc’ ne cadrent parfaitement avec les faits. Les empires européens firent tant de choses différentes sur une si grande échelle que l’on peut trouver quantité d’exemples pour prouver tout ce que l’on veut. »

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

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