27 août 2017

Noyade

Nous sommes tous en naissant des anlagen, comme le potentiel au cœur d’une cellule : en biologie, l’anlage est la partie de la cellule qui représente « ce qui va devenir ». […]

Notre rôle, dans notre vie de femme, est d’accélérer l’anlage.

Le conte Barbe-Bleue aide à l’éveil, à l’éducation de ce centre psychique, de cette cellule lumineuse. Au nom de cette éducation, la plus jeune sœur accepte d’épouser une force qu’elle considère comme très élégante. […] La jeune épousée, néanmoins, s’est leurrée. Au début, Barbe-Bleue lui faisait peur. Elle s’en méfiait. Et puis, un peu de plaisir dans les bois a suffi pour que son intuition soit noyée. […] Celle-ci finit par se persuader que Barbe-Bleue n’est pas dangereux, simplement particulier, excentrique. « Que je suis sotte ! Pourquoi suis-je rebutée par cette petite barbe bleue ? » Et pourtant sa nature sauvage a déjà eu vent de la situation, elle sait que cet homme à la barbe-bleue est fatal.

Cette erreur de jugement est presque routinière chez une très jeune femme dont le système d’alarme n’est pas encore développé. Elle ressemble à un louveteau orphelin qui joue dans la clairière, inconscient du gros chat sauvage qui approche dans l’ombre. Quant à la femme plus âgée, coupée de la nature sauvage au point qu’elle entend à peine ses avertissements intérieurs, elle continue de la même manière, un sourire naïf aux lèvres.

[…] C’est son éducation qui pousse la plus jeune des sœurs à dire : « Au fond, sa barbe n’est pas si bleue que cela », cet apprentissage précoce qui demande aux femmes d’ « être gentilles » et finit par se substituer à leur intuition. En ce sens, on leur apprend purement et simplement à se soumettre au prédateur. Imaginez une mère louve qui apprendrait à ses petits à « être gentils » en face d’un furet agressif ou d’un serpent à sonnettes !

Femmes qui courent avec les loups / Clarissa Pinkola Estés

© Source gallica.bnf.fr / BnF / Les contes de Perrault / dessins par Gustave Doré

Joindre la conversation 4 commentaires

  1. Il faut décidément que je relise ce livre passionnant 🙂

    Réponse
  2. Bon jour,
    Au souvenir ancien de cette lecture de ce conte, et comme on le voit à l’illustration de cet article, il confie une clé à son épouse, mais c’est bien la curiosité féminine qui est mis en avant. Cette curiosité si ce n’est de l’indiscrétion marque le manque de confiance qu’elle a envers son époux. Et dans une autre direction c’est le jardin secret de tout un chacun qui est dévoilé à l’autre. En fait, c’est une trahison.
    Max-Louis

    Réponse
    • Oui j’ai pensé aussi à cette autre vue : la trahison.
      Mais le fait est que sans cette curiosité naturelle, elle serait restée sans connaître le monstre qu’est réellement son mari…
      L’histoire ne dit pas d’ailleurs quel sort il lui aurait été réservé si elle n’avait pas ouvert la porte…
      En tout cas, c’est passionnant ce que peut soulever la lecture d’un conte sur les relations entre les hommes (et plus particulièrement les relations hommes/femmes ici)

      Réponse

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