Vendredi – 10h24 – Au travail

C’est à cette heure précise que je crayonne Véroniqua. (Le crayonnage est un dessin tracé au crayon sur un carnet, mais c’est aussi une technique de communication à haute technicité qui consiste à lancer un crayon à la figure de l’autre pour attirer son attention.)

Je crayonne donc Véroniqua à 10h24.

Dès la communication établie, nous planifions un G2 au sommet  à 14h12 devant la machine à café, afin de faire le point sur nos situations vestimentaires respectives.

La question est de la plus haute importance puisque nous attends le même jour à 21h une soirée ‘rétro swing’. En comptant ¾ d’heures pour le trajet, + ¼ d’heures de c’est-pas-là-qu’on-descendait, la question doit être régler avant 20h.

J’ai bien sûr ma petite robe noire, fétiche, celle que j’ai portée à peu près une centaine de fois, seulement ce mois-ci.

Mais après une ultime soirée à la réessayer et customiser dans tous les sens, force avait été de constater qu’elle n’était plus de taille, ni de forme, ni même de couleur, à camoufler le dégonflage de la brioche que je porte traditionnellement en hiver. Les constats de Véroniqua sur sa robe fétiche étant sensiblement les mêmes, sort à 14h19 de notre G2 exceptionnel un plan d’action très précis :

quitter le bureau à 17h ;

se rendre à la boutique dont Véroniqua m’a parlé dans le 6ème ou le 7ème elle-ne-sait-plus-elle-doit-vérifier, et en ressortir avec tout ce qu’il faut de robe, de perles et de plumes.

A 17h05, Véroniqua a encore le nez dans ses factures.

A 17h30, la pression monte.

A 17h45, le nez de Véroniqua refait surface pendant que le mien est accroché à une erreur d’écriture (comptable).

A 17h59, la situation est grave.

A 18h05, la situation est très grave.

A 18h15, c’est la crise.

On se met à remuer dans tous les sens en agitant les bras, les jambes et les cheveux (Véroniqua a les cheveux très expressifs). On attrape sacs, badges et chaussures (Véroniqua aime à aérer ses chaussures sur son rebord de fenêtre) et courons, sautons, tombons, et finalement… préférons descendre tranquillement les escaliers

A 18h30, nous sommes sorties. Direction le 6ème.

A 19h00, nous sommes dans le 12ème.

Véroniqua et le sens de l’orientation, ça fait 2, que je multiplie par le mien qui-fait-3-ça-fait-12, enfin à peu près.

Peu importe, il y a une boutique là en face, avec des bacs à robes, à jupes et à soutiens gorges (mais ça c’est décidé, non, on ne regarde pas aujourd’hui), des bacs tellement immenses que si on regarde de trop près on tombe dedans.

Tant pis, c’est dangereux mais on fonce Alphonse (Véroniqua vient de Picardie et a des us verbaux qui datent un peu).

Occupée qu’on est chacune à fouiller partout, je perds Véroniqua à 19h27.

Je la retrouve à 19h38, portant une quinzaine de robes et une demi-douzaine de soutiens gorges.

Je retiens ma remarque concernant nos priorités car à ce moment même, elle me montre de sa main restée libre une petite robe noire.

Ça t’irait bien ça !! , me lance-t-elle, naturelle, en me jetant la robe, sans même réaliser une minute la sacralité du moment.

Moi je réalise.

Je réalise avant même de l’avoir essayée que c’est elle, le saint-graal de la petite robe noire, celle dont on sait qu’on la veut sans jamais avoir su à quoi elle ressemblait.

Je reste calme.

Je me dirige lentement vers une sorte de sac plastique géant qui doit être la cabine d’essayage, comme hypnotisée par le moment que je m’apprête à vivre dans les prochaines secondes.

Solennellement, j’ouvre grand le rideau de la cabine. A 19h50, il se referme sur mon visage empreint d’espoir.

Seule dans le bruit de ma cabine, je ferme les yeux et remercie longuement la providence de m’avoir mis cette robe sur mon chemin.

J’entends alors la douce voix de Véroniqua à travers le rideau :

Bah aloooors !!! k’ess ça dooonne ???

Vite. J’enlève chaussures, chemise et pantalon, me glisse dans la petite robe par le dessous… pour voir bientôt le miracle se produire.

La robe n’est pas encore arrivée à la taille que je vois déjà le bustier voler la vedette à mes bras dodus. Elle n’est pas encore arrivée aux cuisses que je vois déjà ma brioche d’hiver fondre comme neige au printemps.

A 19h54, j’admire le tout en me trémoussant devant le miroir. J’improvise tour à tour une danse du sphinx, de la pluie, et de la loutre, pour m’assurer de sa tenue en toute circonstance.

A 19h58, j’ouvre fièrement le rideau pour recevoir la bénédiction de mon acolyte. Véroniqua me regarde déjà de son plus bel œil…

Alors qu’il n’est que 19h59.

 

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Un rien m'amène, un rien m'anime. Un rien me mine, un rien m'emmène.

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