« On a dit que les comédiens n’avaient aucun caractère, parce qu’en les jouant tous ils perdaient celui que la nature leur avait donné, qu’ils devenaient faux, comme le médecin, le chirurgien et le boucher deviennent durs. Je crois qu’on a pris la cause pour l’effet, et qu’ils ne sont propres à les jouer tous que parce qu’ils n’en ont point. »

Le paradoxe sur le comédien / Denis Diderot

Quinault-Dufresne joue le rôle de Sévère dans Polyeucte. […] Envoyé pour persécuter les chrétiens, il confie ses sentiments secrets à son ami sur cette secte calomniée. Le sens commun exigeait que cette confidence, qui pouvait lui coûter […] la liberté, et peut-être la vie, se fît à voix basse. Le parterre lui crie : Plus […]

Si le comédien était sensible, de bonne foi lui serait-il permis de jouer deux fois de suite un même rôle avec la même chaleur et le même succès ? […] Les grands poètes, les grands acteurs, et peut-être en général tous les grands imitateurs de la nature, quels qu’ils soient, doués d’une belle imagination, d’un […]

« Si la fureur d’être applaudi s’empare d’un acteur, il exagère. Le vice de son action se répand sur l’action d’un autre. Il n’y a plus d’unité dans la déclamation de son rôle. Il n’y en a plus dans la déclamation de la pièce. Je ne vois bientôt sur la scène qu’une assemblée tumultueuse où chacun prend le ton qui lui plaît ; l’ennui s’empare de moi ; mes mains se portent à mes oreilles, et je m’enfuis. »

Le paradoxe sur le comédien / Denis Diderot

 

« Son talent consiste non pas à sentir, comme vous le supposez, mais à rendre si scrupuleusement les signes extérieurs du sentiment que vous vous y trompiez. »

Le paradoxe sur le comédien / Denis Diderot

Prenez le théâtre occidental des derniers siècles ; sa fonction est essentiellement de manifester ce qui est réputé secret (les « sentiments », les « situations », les « conflits »), tout en cachant l’artifice même de la manifestation (la machinerie, la peinture, le fard, les sources de lumière). La scène à l’italienne est l’espace de ce mensonge : tout s’y […]

Le Bunraku pratique […] trois écritures séparées, qu’il donne à lire simultanément en trois lieux du spectacle : la marionnette, le manipulateur, le vociférant : le geste effectué, le geste effectif, le geste vocal. La voix : enjeu réel de la modernité, substance particulière de langage, que l’on essaye partout de faire triompher. Tout au […]