Ce n’est pas seulement besoin de tendresse, c’est aussi besoin d’être tendre pour l’autre : nous nous enfermons dans une bonté mutuelle, nous nous maternons réciproquement; nous revenons à la racine de toute relation, là où besoin et désir se joignent. Le geste tendre dit : demande-moi quoi que ce soit qui puisse endormir ton […]

Ni l’un ni l’autre ne se connaissent encore. Il faut donc se raconter : « Voici ce que je suis. » C’est la jouissance narrative, celle qui tout à la fois comble et retarde le savoir, en un mot, relance. Dans la rencontre amoureuse, je rebondis sans cesse, je suis léger. Fragments d’un discours amoureux / Roland […]

La course amoureuse paraît suivre trois étapes (ou trois actes) : c’est d’abord, instantanée, la capture (je suis ravi par une image) ; vient alors une suite de rencontres (rendez-vous, téléphones, lettres, petits voyages), au cours desquelles j’explore avec ivresse la perfection de l’être aimé, c’est-à-dire l’adéquation inespérée d’un objet à mon désir : c’est […]

Lorsque Werther « découvre » Charlotte, Charlotte est en train de couper du pain. […] Ce qui me fascine, me ravit, c’est l’image d’un corps en situation. Ce qui m’excite, c’est une silhouette occupée, qui ne fait pas attention à moi. [Car la posture de l’occupation] me garantit en quelque sorte l’innocence de l’image : plus l’autre […]

Bien que tout amour soit vécu comme unique et que le sujet repousse l’idée de le répéter plus tard ailleurs, il surprend parfois en lui une sorte de diffusion du désir amoureux ; il comprend alors qu’il est voué à errer jusqu’à la mort, d’amour en amour. […] Le long d’une vie, tous les « échecs » […]

Le monde est plein de voisins indiscrets, avec qui il me faut partager l’autre. Le monde est précisément cela : une contrainte de partage. […] Je suis sans cesse dérangé par des Fâcheux […].

Est fâcheux tout ce qui raye fugitivement la relation duelle, altère la complicité et défait l’appartenance : « A moi aussi tu appartiens », dit le monde.

Fragments d’un discours amoureux / Roland Barthes

Le sujet amoureux se demande, non pas s’il doit déclarer à l’être aimé qu’il l’aime, mais dans quelle mesure il doit lui cacher les « troubles » de sa passion : ses désirs, ses détresses, bref, ses excès (en langage racinien : sa fureur). […] Lorsque X… resurgira […], que lui dirai-je ? Devrai-je lui cacher mon […]