Lorsque Werther « découvre » Charlotte, Charlotte est en train de couper du pain. […] Ce qui me fascine, me ravit, c’est l’image d’un corps en situation. Ce qui m’excite, c’est une silhouette occupée, qui ne fait pas attention à moi. [Car la posture de l’occupation] me garantit en quelque sorte l’innocence de l’image : plus l’autre […]

Bien que tout amour soit vécu comme unique et que le sujet repousse l’idée de le répéter plus tard ailleurs, il surprend parfois en lui une sorte de diffusion du désir amoureux ; il comprend alors qu’il est voué à errer jusqu’à la mort, d’amour en amour. […] Le long d’une vie, tous les « échecs » […]

Le monde est plein de voisins indiscrets, avec qui il me faut partager l’autre. Le monde est précisément cela : une contrainte de partage. […] Je suis sans cesse dérangé par des Fâcheux […].

Est fâcheux tout ce qui raye fugitivement la relation duelle, altère la complicité et défait l’appartenance : « A moi aussi tu appartiens », dit le monde.

Fragments d’un discours amoureux / Roland Barthes

Le sujet amoureux se demande, non pas s’il doit déclarer à l’être aimé qu’il l’aime, mais dans quelle mesure il doit lui cacher les « troubles » de sa passion : ses désirs, ses détresses, bref, ses excès (en langage racinien : sa fureur). […] Lorsque X… resurgira […], que lui dirai-je ? Devrai-je lui cacher mon […]

Sur la figure parfaite et comme embaumée de l’autre (tant elle me fascine), j’aperçois tout à coup un point de corruption. Ce point est menu : un geste, un mot, un objet, un vêtement, quelque chose d’insolite qui surgit (qui se pointe) d’une région que je n’avais jamais soupçonnée, et rattache brusquement l’objet aimé à […]

Le démon est pluriel. Lorsqu’un démon est repoussé, lorsque je lui ai enfin imposé silence, un autre lève la tête à côté et se met à parler. La vie démoniaque d’un amoureux est semblable à la surface d’un solfatare ; de grosses bulles (brûlantes et boueuses) crèvent l’une après l’autre ; quand l’une retombe et […]

Crise violente au cours de laquelle le sujet, éprouvant la situation amoureuse comme une impasse définitive, un piège dont il ne pourra jamais sortir, se voit voué à une destruction totale de lui-même. […] Je me suis projeté dans l’autre avec une telle force que, lorsqu’il me manque, je ne puis me rattraper, me récupérer […]